Over the Rainbow

Roman de Constance Joly

Editions Flammarion

Ce livre, c’est d’abord 57 tranches de vie, égrainées une à une, bribes de souvenirs, plus ou moins heureux ou tragiques.

C’est l’histoire de deux vies, celle de Constance Joly et celle de son père, mort du sida.

Un livre… j’ai du mal à écrire roman lorsqu’il s’agit d’existences bien réelles, qui aboutit à la douleur de la disparition d’un être cher, mais qui respire, je trouve, le bonheur. Le bonheur malgré tout, le bonheur malgré la maladie, et pas n’importe laquelle, le VIH, virus qui ostracisait complètement ses porteurs à ses débuts (encore maintenant ?), le bonheur malgré l’homosexualité, maladie honteuse (décidément, encore maintenant ?).

« Tu comprends ce qu’être heureux veut dire (…) C’est comme si tu avais parcouru un océan entier et que la mer t’avait recraché sur un nouveau rivage, poli, rayonnant, immortel (…) Tu as perdu des amis dans ta traversée, la famille de ta femme t’a tourné le dos quand elle a compris que tu étais parti pour un homme. On a menacé de révéler ton homosexualité à l’université ou tu enseignes. Pourtant tu nages vers ta rive, les yeux tournés vers le ciel, l’amour donnant l’élan nécessaire à ton corps engourdi, affûtant ta pensée, aiguisant ta faim, te propulsant vers ta vie. Tu lis parfois de la tristesse dans les yeux de ta fille, c’est la seule chose qui ralentit ta cadence et menace de te faire couler (…) Pourtant tu nages. Même à contre-courant, même avec cette menace, car tu ne peux te permettre de laisser la mer gagner le combat. »

Il est magique ce chapitre « Tu nages » (23), il dit tout de ce combat mené par ce père pour sortir du carcan de la société qui juge et qui humilie ceux qui osent en sortir. L’océan non pas qui purifie mais qui nettoie.

Et puis il y a « le bruit des ronces. »

« Le bruit des ronces, c’est savoir qu’on va manger des mûres avant même de voir les buissons. C’est savoir qu’on va plonger dans la mer quand on a chaud. Tu vois, c’est ça, le bruit des ronces : c’est s’approcher du plaisir, et c’est encore mieux que d’y être déjà. »

Constance Joly nous livre là un écrit plein de poésie. Les souffrances de l’un comme de l’autre sont presque effacées et ne reste que la douceur des moments vécus et le regret qu’ils ne soient plus possibles. Cette poésie n’empêche rien de la sincérité de son autrice qui dit aussi tout de ce qu’elle a raté d’instants importants au bénéfice de sa jeunesse et de la sa vie amoureuse qui l’animait toute entière.

Constance Joly ne fait pas mentir son exergue de Karen Blixen « Tous les chagrins sont supportables si on en fait une histoire. » Cette mémoire écrite, en plus d’un bel hommage à son papa, est un condensé d’histoire du rejet de la différence au XXème siècle. C’est peut-être un moyen pour elle de dire son amour malgré la mort, de dire sa peine pour mieux la ranger dans un tiroir afin d’avancer, c’est en tout cas un livre fort, très fort, sur l’amour qui emporte loin, qui rend plus fort, qui rend heureux.

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