sept gingembres

Roman de Christophe Perruchas

la brume au rouergue / Editions du Rouergue

Antoine est publicitaire, numéro 2 d’une boîte qui tient le crachoir aux grandes agences. Parisien, la quarantaine bien vécue, marié, père de deux enfants, un appartement aux hauts plafonds et belle vue, une maison au Croisic, rien ne semble l’arrêter, et certainement pas ses désirs, sexuels. Dans ce domaine, son appétit est féroce et c’est sans aucune retenue qu’il flirte avec tous les interdits, avec ou sans le consentement des intéressées, victimes plus ou moins consentantes, difficile de savoir où se place le curseur. Le règne du paraître et du hashtag mené à son paroxysme, jusqu’à la chute, vertigineuse.

Roman dérangeant donc. Sur un sujet brûlant.

Qu’est-ce qui a bien pu passer par la tête de son auteur, Christophe Perruchas, pour mettre sa plume dans la peau d’un type à qui nous avons franchement envie de donner des claques dès le second chapitre ? Et pourtant, malgré les baffes qui se perdent, l’auteur nous happe par son histoire, par son personnage. Sans forcément s’identifier (impossible), le lecteur se prend presque d’affection pour Antoine. Il se dit que peut-être il va finir par comprendre, qu’il va évoluer, changer. Et puis surtout le lecteur est séduit par l’écriture, rapide, comme une envolée de mots qui se suivent, qui pousse à oublier les signaux d’alerte de nos cerveaux hurlant que décidément le bonhomme est affreux, pour continuer à lire, jusqu’au bout.

Roman percutant également. Christophe Perruchas décrit un milieu qu’il connait et dont il analyse toutes les variables. Antoine est le pur produit de cet univers de la publicité, de la communication, de l’entreprise, la grosse, celle qui vomi des devises et des actions, qui se fout de l’humain qui est décortiqué jusqu’au noyau afin de rentabiliser le moindre de ses désirs ou fantasmes. Un monde fascinant pour certains, où il est facile de se perdre.

Je crois que sept gingembres est un roman sur l’humain finalement, dans ce qu’il a de plus tordu parfois, de plus dérangeant, mais possédant aussi une pointe de lucidité, de prise de conscience, qui vient éclairer une nature qui sort de l’acceptable. Reste à déterminer quelle part la société a dans ce bal obscène et jusqu’où notre regard de lecteur est capable d’aller pour lire sans s’indigner du fond. 

Christophe Perruchas nous amène avec grande habileté là il veut, flirtant avec le révoltant, mais sans jamais tomber de son fil directeur et sans jamais nous donner matière à tout bonnement fermer le livre. Un roman déroutant donc, intéressant, questionnant. Et une écriture à suivre.

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