Il est juste que les forts soient frappés

Roman de Thibault Bérard

Editions de l’Observatoire

Je ne sais pourquoi mais les histoires d’amour annoncées dès la quatrième de couverture me poussent souvent à reposer le livre chez mon libraire. Et cela ne s’arrange pas lorsque l’intrigue comprend également la maladie, plus particulièrement une maladie qui nous glace tous, le cancer. Non pas que je sois insensible au propos, je ne vois juste pas l’intérêt parfois ne me replonger moi lectrice dans une douleur bien réelle. La vie n’est pas un roman et quand l’histoire se fait presque réalité, elle me heurte. Le cancer a détruit assez de corps et d’âmes autour de moi pour que je choisisse de le retrouver dans un roman.

Cela étant dit me voilà devant la première enveloppe de cette saison des 68 premières fois, et je découvre le livre. Ouchhhhh je me dis, ça va être rude, et tous me conseillent déjà de ne pas oublier les kleenex en plus du marque page ! Mais, je persévère ! Les fées peuvent se tromper, mais quand même, il doit forcément y avoir une raison à la présence de ce livre dans cette sélection alors, profitant d’un mercredi à peu près calme associé à un gros besoin de repos, je me lance, blottie dans mon fauteuil, sous l’œil du hibou.

L’héroïne va mourir, c’est une certitude, c’est elle qui des limbes nous l’explique dès les premières pages. J’approche les kleenex !

Elle est d’ailleurs plutôt sympathique cette héroïne, comme il faut cabossée par la vie, au phrasé brutal et vivant. Elle me plaît. Et je m’accroche à ma lecture malgré mes réticences qui peu à peu s’amenuisent.

Rien n’est vraiment simple pour Sarah cependant au fil des pages celle-ci s’installe avec plus de douceur dans la vie et, avec Théo, leur amour, elle s’apaise. Leur premier enfant est une découverte qui n’empêche pas le grain de folie qui anime le couple de s’épanouir tranquillement. Bientôt une deuxième petite graine pousse, mais pas que, et le diagnostic tombe, cancer, grave, très grave.

Il va falloir se battre. Je fais corps avec mon paquet de kleenex !

Pourtant, finalement, c’est la vie qui l’emporte sur tout le reste, ça n’est pas moi qui le dit mais la narratrice, au milieu des bulles de ses souvenirs. Et c’est toute la force de ce roman. En faisant parler son héroïne enfermée dans la glaise, Thibault Bérard enlève toute mièvrerie à son histoire. Théo semble doué pour le bonheur, malgré la mort, et Sarah, sûre du chemin qu’elle a choisi, sait cela. Ils respirent tellement l’un pour l’autre que les choix qu’ils décident de faire sont acceptés sans ambiguïté ni douleur.

Au-delà de cette histoire je crois que ce qu’il me restera de ce roman c’est cette respiration, à laquelle elle sacrifie sa liberté :

« C’est une chose dont personne n’aime trop parler, parce que ça donne l’impression d’être affreusement égoïste, mais il est sûr qu’avec la compagnie des autres et -merde, autant le dire- avec l’amour des siens, le seul vrai truc valable qu’on sacrifie dans l’affaire, c’est ça : sa liberté. »

et cette idée que quand approche la mort il faut apprendre à respirer, doucement.

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