Bulle #2/Atelier 377

Photo @Steven Wright

Texte écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture d’Alexandra http://www.bricabook.fr/category/atelier-decriture/

C’était son ultime visite.

Des années qu’elle venait jusqu’au bout de ce couloir sombre, il lui semblait d’ailleurs qu’elle était la seule à le connaître tant tout paraissait suspendu lorsqu’elle y entrait. A chaque fois c’était le même processus. Épuisée, le musée était son dernier recours afin de retrouver un peu de paix au milieu de sa vie tumultueuse. Des années qu’elle courrait pour tous. Alors quand elle sentait qu’elle s’oubliait complètement elle revenait systématiquement ici.

La première fois, alors qu’elle s’était presque assoupie sur la grande banquette d’une petite salle où se trouvait son tableau préféré, elle s’était soudain retrouvée là, devant cette drôle de structure circulaire au bout d’un couloir qu’elle ne connaissait absolument pas. Le noir était complet. Le silence total, assourdissant. Seul le fond de son sac semblait émettre un peu de chaleur et de lumière. Sans comprendre ce qu’elle faisait, comme mue par une force inconnue, elle s’était vue saisir l’ampoule qui brillait mystérieusement et la visser au support devant elle. Et puis elle s’était comme réveillée soudainement, sur sa banquette. Sur le tableau devant elle, un personnage semblait lui sourire. Un peu abasourdie, mais comme plus légère, elle était repartie vers sa vie.

Il s’était passé plusieurs mois avant qu’elle ne revienne précisément dans cette salle, elle avait d’ailleurs complètement oublié ce qui s’était passé et c’est parce qu’elle avait particulièrement mal aux jambes qu’elle s’était assise pour se reposer. Redécouvrant une fois de plus l’œuvre devant elle, elle avait petit à petit oublié qu’elle était si tendue et fatiguée, et comme la première fois, elle s’était retrouvée dans ce couloir au fond duquel brillait une unique ampoule. Se souvenant aussitôt de son expérience précédente sa main était allée chercher une seconde bulle de verre au fond de son sac pour la fixer près de la première. Un soupir puis elle était revenue sur la banquette, un autre personnage avait retrouvé le sourire et la regardait.

Ainsi s’écoulèrent les années. A chaque visite il semblait qu’elle était un peu plus consciente de ce qu’il allait se passer si elle venait à s’asseoir sur ce qu’elle considérait comme sa banquette maintenant. Elle savait le vide qui l’habitait quand elle arrivait, l’épuisement, et la force qui émanait d’elle quand elle vissait une ampoule. 

Au fil du temps la structure se complétait et bientôt il ne resta plus qu’une seule place à combler. Elle le savait. Elle était prête. Elle n’avait pas attendu que l’épuisement la gagne pour venir, elle avait même acheté son ampoule et c’est devant les sourires de tous les protagonistes de son tableau qu’elle avait doucement fermé les yeux.

Elle ne sut pas ce qui se passa lorsqu’elle eut fini de compléter la structure.Elle ne sut jamais ce qui lui donna la force de changer, de rompre avec la fatigue et le vide qui l’habitaient si souvent,  sinon peut-être la puissance de ses rêves les plus fous et les matins où elle se réveillait après avoir passé la nuit dans un musée où elle vissait une ampoule au fond d’un mystérieux couloir.

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