Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur

Un roman d’Harper Lee

Editions Livre de Poche

Alabama, années 30. Atticus Finch, avocat, élève ses deux enfants, Jem et Scout. Intègre, intelligent, original, il est commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une Blanche. Scout, la plus jeune de la famille, raconte 3 ans de son enfance, marquée par ce procès.

Son frère, à l’issue du jugement, pose une question dramatiquement actuelle :

– « Comment ont-ils pu faire ça, comment ont-il pu ?

– Je ne sais pas, mais c’est ainsi. Ce n’est ni la première ni la dernière fois, et j’ai l’impression que quand ils font ça, cela ne fait pleurer que les enfants. »

Dans la bouche et avec les mots d’une gamine, Harper Lee raconte la vie d’une famille vivant au temps de la ségrégation, dans un état du Sud des Etats Unis. L’existence est rude pour tous après la Grande Dépression et la société fortement influencée par les différents courants religieux alors en présence. Les rapports humains y sont particulièrement cloisonnés et il faut faire preuve de beaucoup de courage, d’intelligence, pour réussir à exprimer sa liberté et son opinion. Avec cet incroyable récit, vivant, accessible à tous, l’auteur réussit à décrire des scènes complexes de rapports de forces subtils, alors que sa narratrice n’a pas encore dix ans et ne possède pas tous les codes ni les mots pour le faire. Elle interroge, grâce aux questionnements du frère et de la soeur, la société qu’elle peint et celle dans laquelle elle vit, ainsi qu’un hypothétique futur. Ainsi, Jem essaye de comprendre et d’analyser les différentes catégories de personnes qu’il côtoie alors que pour Scout

« …. il n’y a qu’une sorte de gens, les gens. »

Et son frère de répliquer.

 » C’était ce que je pensais moi aussi, finit-il par dire, quand j’avais ton âge. S’il y a qu’une seule sorte de gens, pourquoi n’arrivent-ils pas à s’entendre ? S’ils se ressemblent, pourquoi passent-ils leur temps à se mépriser les uns les autres ?

Harper Lee touche aussi au merveilleux dans ce roman, les mots légers d’une enfant résonnent avec beaucoup de douceur pour le lecteur, ils nous livrent des images joyeuses d’une enfance libre et originale, faite d’explorations, de peurs, ou l’imagination débridée de Scout et de ses partenaires de jeu tient une grande place.

Au delà de l’histoire, Harper Lee signe un roman universel et malheureusement tristement d’actualité. La ville où se déroule l’intrigue ressemble à beaucoup d’endroits du monde où le racisme règne, la violence, le rejet de l’autre. Une société où il ne fait pas bon d’avoir la peau noire, pas bon non plus de défendre les opprimés, quelque soit l’accusation portée sur eux. L’analyse fine des comportements de groupe où l’individu efface ses convictions au profit des valeurs défendues est magistrale. Scout comprend avec le lecteur que les hommes peuvent être faibles mais qu’une poussière, les mots d’une enfant, peuvent parfois éviter le pire. Les colères et les larmes de ses amis sont les exacts sentiments qui devraient animer les adultes que nous sommes face à l’injustice criante. Et Atticus de conclure, en parlant des fantômes de l’histoire qu’il lit en veillant sur son fils, se révélant finalement « gentils » :

 » La plupart des gens le sont, Scout, lorsqu’on finit par les voir. »

Quels « Atticus » serons-nous aujourd’hui ?…

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